Un char, Tigre 2 au Normandy Victory Museum
À l’occasion du 80e anniversaire du débarquement de Normandie, le Normandy Victory Museum a présenté un char légendaire et le seul Tigre II en état de marche au monde grâce au travail de restauration du Musée des Blindés de Saumur. Ce moment fort a attiré les amateurs d’histoire et de véhicules militaires mais aussi un public nombreux curieux de découvrir ce char emblématique de la Seconde Guerre mondiale. A cette occasion, le musée des blindés a dévoilé aux visiteurs, un tout nouveau camouflage fidèle à celui des combats de Normandie.

Avec ses presque 70 tonnes, le Tigre II aussi appelé Tigre royal est le blindé le plus lourd produit en série par l’armée allemande qui en fabriquera 489 exemplaires durant la Seconde Guerre mondiale. Prévu pour remplacer le Tigre I, sa conception est lancée en mai 1941 et les premières unités sont livrées au début de l’année 1944. Sa masse impressionnante s’explique par un épais blindage incliné, notamment frontal, de 18,5 cm sur la tourelle et 15cm sur la caisse.
Un char puissant mais peu mobile
Le Tigre II est un char lourd conçu pour percer un front bien défendu et dominer le champ de bataille. En effet, il se distingue des autres blindés de l’époque par sa puissance de feu. Il est équipé d’un moteur V12 essence HL 230 P30 de 700 chevaux, conçu par Maybach, le même qui équipait les chars Panther et Tigre I. Cependant si ce moteur était suffisant pour ces derniers modèles, il n’en sera pas de même pour le Tiger II dont le poids important va affecter à la fois sa mobilité et surtout sa fiabilité.
Son autonomie trop souvent mal interprétée, se révèle être raisonnable pour un char de 70 tonnes. Il consomme 505 litres aux 100 Km sur route. Son réservoir de 860 litres lui confère 170km sur route et 110 à 120km en tout terrain, soit 60 à 80 litres à l’heure, là où un modeste Sherman M4 de 32 tonnes peut engloutir 120 litres à l’heure et consommer 450 litres pour 100km.
En revanche, il est clair que le moteur HL230P30 se montrait trop juste en puissance et malgré son couple important de 1850n/m, les 70 tonnes se faisaient trop ressentir, surtout sur terrain lourd. Les Allemands lui donneront d’ailleurs le surnom « Die Schnecke » (La limace) puisque le Tiger II peut difficilement se déplacer à plus de 15km/h sur un terrain lourd.
Offensif et protégé, le Tigre II est un blindé redoutable
Le tigre II est armé d’un canon redoutable, le 8.8 cm KwK 43 L/71, long de 6,30m capable de toucher sa cible à plusieurs kilomètres. Ce canon sème la terreur chez les troupes Alliés car il est capable de percer n’importe quel blindé situé à moins de 4500m.
Les combats en Normandie : la bataille acharnée du Tigre II
Durant la bataille de Normandie, douze Tiger II qui appartiennent à la 1.s.pz.Abt.503 de la Heer, vont se retrouver plongés dans les combats de la plaine de Caen en juillet 1944. Ils parcoureront 190 km par la route depuis la gare de déchargement de Dreux pour atteindre la zone d’Emieville à l’Est de Caen.
Ce char lourd, avec son blindage impressionnant et sa puissance de feu redoutable s’est pourtant retrouvé en difficulté lors de l’opération Goodwood du 18 juillet 1944. Après avoir survécu au bombardement aérien le plus puissant connu à l’ouest de l’Europe (8 000 tonnes de bombes sur 15km2), les Tiger II rescapés vont alors affronter plus de 1 000 blindés alliés.
Quatre Tiger II seront perdus durant la journée du 18 juillet 1944 ; les huit Tiger II survivants seront déplacés par la route sur 55 km pour combattre dans la Suisse Normandie, sur le mont Pinçon ; et deux autres Tiger II seront détruits.
Mi-aout, l’ordre de repli est donné, les Tiger II rescapés se déplacent dans une lente agonie, livrés à eux-mêmes jusque dans la poche de Falaise ou ils seront tous détruits. Aucun n’arrivera à la Seine.
Du côté de Mailly le Camp, la 3.s.pz.Abt.503 qui fut détruite le 18.07.1944 à Emieville a été reconstituée avec quatorze nouveaux Tiger II entre le 26 juillet 1944 et 12 aout 1944.
Une nouvelle mission débute : après avoir été déchargés, les Tiger doivent traverser Paris (20 aout 1944) puis atteindre la tête de pont américaine de Mantes la Jolie.
Sur les quatorze Tiger II, seul neuf arriveront dans le Vexin Normand où de terribles combats les attendent encore. Ils devront affronter 50 000 soldats américains, 500 blindés alliés, 2 millions de mines terrestres et tout autant de tirs d’artillerie.
C’est le 28 aout 1944 que le Tiger II 300 du Hauptmann Walter Scherf (celui que les visiteurs du Normandy Victory Museum ont pu voir évoluer la semaine du 6 juin 2024), tombera en panne à Oinville en Vexin. L’adjudant-chef de compagnie, Klaus Neeb, reçut 18 obus sur son Tiger II 301 avant de l’abandonner.
Les Tiger II survivants de la 3.s.pz.Abt.503 tenteront de rejoindre la Belgique par la route, mais le dernier Tiger II 324 de Rambow tombera en panne de carburant à la sortie d’Amiens.

Char Panzer VI “Tiger II” (Königstiger) parc du château de Canteloup ©bundesarchiv_bild_101i-721-0359-37
Mythes et réalité
Un blindé facile à conduire
Étonnement et en dépit de ses 70 tonnes, le Tigre II est d’une simplicité déconcertante à piloter. En effet, contrairement au Sherman américain, il se conduit à l’aide d’un volant de direction assisté hydrauliquement de type Henschel L 801 à double différentiel qui permet au Tiger II de tourner plus rapidement sur 360° et d’avoir deux types de rayon de courbure, (un grand et un petit) comme sur le Tiger I.
Sa boite de vitesse à présélection produite par Maybach Olvar de Type EG 40 12 16 B à 12 rapports (8 AV et 4 AR) permet de monter et descendre les rapports sans embrayer. Cette technologie moderne le rend aisé à conduire pour un conducteur formé à son utilisation.
La vérité sur les tourelles
Bon nombre de mythes survivent dans le monde des chars et le Tigre II n’en est pas épargné. En effet, il est courant d’entendre parler de tourelle « Porsche » ou de tourelle « Henschel ». Il se trouve que ces désignations sont erronées. En effet, les entreprises Henschel et Porsche étaient en concurrence pour le châssis du blindé durant sa phase de conception. Cependant, les deux tourelles furent conçues par Krupp.
L’origine de la confusion vient peut-être du fait que les 50 premières tourelles devaient équiper le char de Porsche, qui s’était un peu emballé sur ses chances de victoire. Mais c’est Henschel qui remporte le contrat, et ce premier type de tourelle fut monté sur ses châssis. Un second type de tourelle, mieux protégée et plus simple à produire, équipera la majorité des Tigres II. Krupp la nomme “tourelle de série” et c’est celle du char exposé au musée des blindés de Saumur.
La Zimmerit : une protection unique
Une question récurrente parmi les amateurs de blindés concerne la texture particulière des chars allemands, recouverts de Zimmerit à partir de décembre 1943. Ce revêtement spécial, appliqué sous forme de stries, avait pour but d’empêcher l’adhérence des mines magnétiques utilisées seulement par l’infanterie allemande, par crainte que cette technologie soit copiée par les Alliés.
Bien que la Zimmerit ne soit pas anti-magnétique, elle créait une barrière empêchant les explosifs de se coller directement à l’acier du char, les faisant tomber au lieu de provoquer une explosion. Cette innovation a représenté une avancée significative en matière de protection des blindés.

La restauration du Tigre II par le Musée des blindés de Saumur
Le char présenté lors du 80e anniversaire du débarquement par le musée des blindés est un assemblage post-guerre de deux Tigre II, réunissant la tourelle et les organes mécaniques du Tigre II n°300 et le châssis du Tigre II n°123. Un assemblage qui a permis de réaliser une batterie de tests pour l’armée Française.
Le Tigre II est arrivé à Saumur en février 1975 et c’est à partir de 1983, année de l’ouverture au public du musée des blindés, que les visiteurs ont pu le découvrir. Il portait alors un camouflage bicolore et le N°233 sous lequel il était connu jusqu’à aujourd’hui.
Quand le Tigre II 233 devient le Tigre II 300
Après plusieurs années de recherches et pour célébrer les 80 ans du débarquement de Normandie, le musée des blindés nous avait préparé une belle surprise avec un tout nouveau camouflage et numéro. Ainsi, le Tigre II n°233 arbore maintenant le numéro 300 du Hauptmann Scherf et porte le camouflage exact dont il était revêtu lors des combats de Normandie évoqués plus haut dans cet article.

Le Tigre 2 en peinture lors de sa restauration au Musée des blindés de Saumur (droits réservés Musée des blindés de Saumur)
Caractéristiques techniques du Tigre II
Dénomination technique
- PzKpfw VI Königstiger – SdKfz 182
Généralités
- Longueur : 10,28 m
- Largeur : 3,65 m
- Hauteur : 3,09 m
- Masse : 69 800 kg
- Équipage : 5 personnes (chef de char, pilote, copilote/mitrailleur, chargeur, tireur)
Motorisation
- Moteur : Maybach HL 230 P30, 12 cylindres en V, essence, 700 chevaux
- Vitesse maximale : 38 km/h
- Consommation : 380 à 505 litres aux 100 km sur route et 650 à 800 litres aux 100 km en terrain extrême
- Réservoir : 860 litres (essence)
- Autonomie : 170 km sur route – 110/120 km en tout terrain
Blindage
- Blindage avant : 150 mm (caisse), 185 mm (tourelle)
- Blindage flancs : 80 mm
Armement
- Armement principal : Canon de 8.8 cm KwK 43 L/71
- Armement secondaire : deux mitrailleuses MG 34 T de 7,92 mm.
La venue du Tigre II au Normandy Victory Museum a été un véritable succès populaire. Les visiteurs sont venus nombreux admirer ce puissant char ainsi que d’autres modèles qui ont été apportés par le Musée des Blindés de Saumur, un partenaire historique de notre musée que nous remercions encore pour cette belle collaboration.
Merci également à Max Stein pour sa relecture de l’article. Il est l’auteur d’un ouvrage captivant que nous conseillons aux passionnés qui raconte l’histoire du Tigre I 114 : “Le tigre de Saumur, la résurrection du fauve” (bilingue français/anglais). Vous pouvez le retrouver dans nos boutiques (au musée et en ligne).
