La bataille des haies

Après le Débarquement du 6 juin 1944, les combats se poursuivent dans le bocage normand. Pendant plusieurs semaines, les haies deviennent le théâtre d’une bataille particulièrement difficile et meurtrière pour les soldats alliés comme allemands.
Au cœur de cette guerre d’usure, la bataille des haies joue un rôle majeur dans la progression des troupes américaines à travers la Normandie et marque profondément l’histoire du territoire autour de Carentan.

Au Normandy Victory Museum, cette période occupe une place centrale dans le parcours de visite à travers scènes immersives, objets authentiques et témoignages liés aux combats du bocage normand.

La Bataille des haies en Normandie - Normandy Victory Museum

Après le D-day, une des plus grandes batailles de l’Histoire.

La nuit du 5 au 6 juin annonce les dernières heures de l’Occupation de la Normandie. De nombreux parachutistes américains sautent sur le Cotentin avec pour objectif les villes de Carentan et Sainte-Mère-Eglise. Leur rôle est d’ouvrir la voie à l’infanterie et aux blindés américains en sécurisant des lieux clés. Les unités américaines sautent dans l’obscurité vers leur mission tandis que, quelques heures plus tard, les troupes fraîchement débarquées par la mer sur Utah Beach font la jonction avec eux. Au soir du 6 juin, les plages sont américaines, en dépit de lourdes pertes.

La guerre entre alors dans une seconde phase, qui consiste à capturer la ville de Carentan pour assurer la jonction entre les têtes de pont d’Utah et Omaha Beach. Eisenhower entend ensuite couper le Cotentin en deux afin d‘isoler la région de Cherbourg. Les Alliés ont en effet besoin d’un port stratégique le plus rapidement possible, pour faciliter le débarquement de leurs renforts et matériels.

Le 18 juin 1944, la prise de Barneville-Carteret isole le Cotentin et permet aux Alliés d’envisager la prise de Cherbourg. Le port militaire tombe aux mains des Américains une semaine plus tard. La bataille des haies aussi appelée « guerre des haies » commence alors, une des épreuves les plus longues et couteuses pour les combattants américains.

Carentan, un objectif essentiel du débarquement

Eisenhower a toujours considéré Carentan comme le premier objectif du débarquement du 6 juin 1944. Dès lors, l’Etat-Major engage le maximum de moyens et ses troupes d’élite dans la bataille pour la ville qui est un carrefour essentiel pour la logistique. Les assauts américains de la 101ème division aéroportée sur Carentan débutent le 10 juin.

Deux jours plus tard, l’armée allemande, est contrainte d’abandonner la ville. Le 12 juin, Carentan est libérée, mais dès le lendemain, les parachutistes allemands qui tenaient la ville tentent de la reprendre avec l’appui d’unités blindées SS récemment arrivés. L’assaut échoue finalement, grâce à la ténacité des parachutistes américains, soutenus par le renfort des blindés.

La prise de Carentan permet à l’armée américaine de consolider ses positions et d’établir une ligne de défenses afin de progresser ensuite dans les terres. Après la prise de Carentan, l’armée américaine se concentre à nouveau sur son objectif principal : Cherbourg.

Troupe Américaines dans Carentan pendant la bataille des haies

Troupe Américaines dans Carentan pendant la bataille des haies - Photo US National archives - Domaine public

Du bocage à la côte : objectif Cherbourg

Dans la stratégie des Alliés, la prise d’un port en eau profonde tel que Cherbourg est indispensable. Le ravitaillement direct en vivres, armes, matériels, renforts et appui médical depuis les Etats-Unis en dépend. Le port et la ville de Cherbourg ne sont libérés que le 26 juin après des combats difficiles et éprouvants. A la même date et selon les prévisions des Forces Alliées, l’armée américaine aurait déjà dû se trouver en Bretagne et en Mayenne. Pour autant, il faut encore compter plusieurs semaines avant que le port, saboté par les Allemands et lourdement bombardé lors des combats, ne soit remis en état.

La prise de la Haye-du-Puits

Une fois la coupure du Cotentin effectuée, les troupes américaines infléchissent leur progression vers le nord, pour capturer Cherbourg. Mais ce répit sur la ligne de front initiale permet aux Allemands de se réorganiser, d’amener des renforts et d’établir un solide réseau défensif, de la côte en passant par la zone de marais jusqu’au bocage saint-lois.

Début juillet, l’armée américaine tente de reprendre la ville de la Haye-du-Puits. Cette ville est un grand carrefour routier qui semble imprenable puisqu’elle est fortifiée par des mines, des tranchées et des fils barbelés. L’assaut est lancé le 4 juillet et dure près d’une semaine. Les Américains entrent à plusieurs reprises dans le bourg mais sont repoussés à chaque fois à la suite de terribles combats.

C’est seulement après des bombardements massifs de l’artillerie américaine et une progression conjointe des blindés et de l’infanterie que la ville tombe aux mains des Américains. Le 9 juillet, la ville de la Haye-du-Puits est enfin libre mais en ruines.

Mourir pour Saint-Lô

La conquête de Saint-Lô est confiée au 19e corps de la 1ère armée américaine, sous le commandement du général Corlett. Des bombardements aériens sont lancés sur la ville au lendemain du Débarquement. Elle est laissée pour morte et ressemble à un véritable champ de ruines. De nombreuses victimes civiles sont à déplorer. Solidement installés sur les points hauts de la ville, les Allemands sont difficiles à atteindre. Leurs unités sont solides, provenant de la 3e division de parachutistes et d’une division d’infanterie ayant une solide expérience.

Cette bataille est en quelque sort le symbole de la bataille des haies, qui paralyse les Américains depuis le début juillet, dans un bocage normand qu’ils ne connaissent pas mais que l’ennemi exploite à son avantage. Les 16 et 17 juillet, de durs combats sont engagés pour la prise de Saint-Lô, qui mènent le 18 juillet au repli progressif de l’armée allemande.

Il faut attendre le 25 juillet pour que Saint-Lô soit entièrement aux mains des Américains, empêchant ainsi les renforts allemands de venir depuis la Bretagne pour alimenter le front.

Un mois dans l’enfer du bocage

La “Jungle normande”, la mauvaise surprise de la bataille des haies
Au début du mois de juillet 1944, les Américains ayant pris Cherbourg, une nouvelle phase de la bataille des haies s’engage, partant des marches du Cotentin vers le centre du département de la Manche. Pendant 3 semaines, des combats extrêmement meurtriers font rage. De nombreuses pertes des deux côtés sont à déplorer. Les troupes américaines sont confrontées au bocage normand, un réseau inextricable de chemins creux, de petits champs bordés de haies denses, des paysages si inattendus que l’ensemble donne son nom à la bataille : la guerre des haies.

Contrairement à la région de Caen composée principalement de grandes plaines, la Manche est dominée par les haies du bocage, ce qui ne facilite pas la progression des troupes et encore moins les manœuvres des blindés. En revanche, c’est un terrain idéal pour les défenseurs qui s’appuient sur chaque champ, chaque haie comme un rempart et causent de très lourdes pertes aux Américains.

Le hedge-cutter : la solution pour sortir du bocage

Dans leurs stratégies, les Américains n’ont pas prêté suffisamment attention à la configuration du bocage, comparable à une jungle d’un point de vue militaire. Les engins et particulièrement les chars s’adaptent mal aux petits champs clos de haies et aux chemins creux. Pour franchir ces obstacles, l’appui des blindés s’avère néanmoins incontournable. Hélas, il est difficile pour les chars de manœuvrer, tant les haies sont denses. Il faut donc envisager de les franchir, mais au moment où les chars entament leur mouvement, ils sont contraints d’exposer à l’ennemi le ventre de leurs véhicules presque dépourvu de blindage, constituant alors une cible idéale pour les armes antichar allemandes. Jour après jour, les épaves carbonisées de chars Sherman s’accumulent dans le bocage qui semble de plus en plus infranchissable aux GI’s.

Afin de résoudre ce problème, un homme va imaginer un système ingénieux. Le Sergent Curtis G. Culin met au point le dispositif du « hedge-cutter » (coupeur de haies). Il récupère d’abord des « hérissons tchèques », un assemblage de poutrelles d’acier disposées par les Allemands sur les plages pour contrer le débarquement des barges. Il désolidarise ensuite ces poutrelles, les soude et y ajoute d’énormes dents destinées à faire une sorte de herse, capable de défoncer la haie. Enfin, il fixe son ingénieux système à l’avant des chars de sorte qu’ils puissent désormais franchir les haies sans passer par-dessus mais en les traversant. Un grand nombre de chars en sera muni dès la mi-juillet, peu avant le lancement de l’opération Cobra.

Le Hedge cutter du sergent Curtis Culin

Le « hedge-cutter » (coupeur de haies) du Sergent Curtis G. Culin - Photo US National archives - Domaine public

Cobra et Lüttich, les deux grandes offensives de l’été 1944

« L’Opération Cobra » relance la guerre de mouvement

A la mi-juillet, force est de constater que l’avance américaine s’est enlisée dans le bocage normand et la bataille des haies. Partout l’ennemi oppose une résistance farouche, bloquant parfois un bataillon américain avec simplement une poignée d’hommes, pendant une journée. L’Etat-major, conscient de cet enlisement de la bataille, décide frapper un grand coup, en montant une opération pour relancer la guerre de mouvement et sortir du bocage. Le 25 juillet, Eisenhower lance l’opération Cobra. 1 500 avions bombardiers (de type B-17 et B-25) larguent plus de 3 000 tonnes de bombes sur un secteur isolé du front, au nord de Saint-Lô. Cet intense bombardement vise à ouvrir une brèche à travers les lignes allemandes afin de percer le front de manière définitive, pour prendre enfin la direction de la Bretagne. La Normandie se trouverait ainsi libérée dans sa totalité.

Après des débuts hésitants, Marigny, Saint-Gilles et Canisy tombent aux mains des Américains. L’opération Cobra est bientôt un succès. Entre les 28 et 30 juillet, les villes de Coutances, Granville, Avranches sont libérées, la progression américaine est fulgurante. L’armée allemande prise de vitesse, abandonne ses positions et se replie. Des combats retardateurs ont lieu au sud de Coutances, qui permettent aux Allemands de sauver une partie de leurs meilleures unités, mais en abandonnant tout le matériel lourd. Malgré les nombreuses pertes qu’elle a engendrées, l’opération Cobra est une véritable réussite.

→ Lire notre article sur l’opération Cobra

Lüttich : quand l’armée allemande joue sa dernière carte

Plus rien ne semble pouvoir arrêter la marche en avant des unités mécanisées américaines désormais. Un personnage, à lui seul, incarne cet enthousiasme et ce tempérament fonceur, le général Patton. Dès le 31 juillet, il engage ses divisions blindées sur la route de la Bretagne, en passant par le goulet de Pontaubault. Toutefois, cette zone autour d’Avranches reste fragile, car les forces américaines y sont éloignées du gros de leurs troupes. Hitler tente alors d’abattre son dernier atout, dans une contre-offensive audacieuse. Il rassemble plusieurs unités blindées, surtout issues de la SS, et de l’infanterie, puis le 7 août 1944, il lance « l’Opération Lüttich ». Son but est d’isoler les 1ère et 3ème armées américaines en coupant Patton de ses réserves par une vaste offensive blindée, depuis la région de Mortain vers Avranches. Cette offensive bouscule les troupes américaines dans un premier temps mais ne dure pas, notamment grâce à l’envoi de plusieurs divisions en renfort et à l’appui de l’aviation qui fait un carnage parmi les blindés allemands.

Les pertes subies par les soldats allemands les affectent trop, la supériorité aérienne des Alliés met un terme définitif à l’offensive. Le pari audacieux d’Hitler a échoué, les troupes se replient, c’est le commencement de la fin pour les Allemands.

Au 15 août, le bruit de la bataille s’achève dans la Manche. Une semaine plus tard, la poche de Falaise se referme, encerclant des dizaines de milliers de combattants du Reich, mettant un terme à la bataille de Normandie. Le 25 août, Paris est libéré, mais il aura fallu deux mois et demi de combats acharnés dans le bocage normand avant de célébrer cette délivrance !

La fin d’une bataille meurtrière

La puissance militaire des Forces Alliées est finalement venue à bout de son adversaire, mais au prix de pertes immensément lourdes. Par rapport aux prévisions annoncées, l’Etat-Major allié doit reconnaître des retards conséquents par rapport à ses objectifs initiaux. Une série d’erreurs mais surtout l’opiniâtreté de la résistance allemande et sa capacité à exploiter le bocage normand ont eu raison des plans d’Eisenhower et de ses généraux.

C’est finalement l’opération Cobra qui met fin à la bataille des haies et permet aux GI’s de sortir enfin du bocage et de relancer la guerre de mouvement. Toutes ces semaines passées dans « l’enfer des haies » ont néanmoins montré l’importance de l’aviation qui a su appuyer les troupes au sol et les sortir de situations délicates.

L’artillerie a également joué un rôle essentiel en pilonnant les positions allemandes, tandis que les blindés formaient le soutien dont la troupe avait besoin.

Comme durant la Grande Guerre, le vrai héros est demeuré le fantassin, le simple soldat de l’infanterie, confronté jour après jour à l’enfer vert. La « bataille des haies » a ainsi été la première étape d’une plus grande entreprise, celle de la libération totale de l’Europe.

A retenir

  • Après le Débarquement, les combats dans le bocage normand deviennent particulièrement meurtriers pour les soldats comme pour les civils.
  • Entre La Haye-du-Puits et Lessay, certaines unités américaines avancent au prix de pertes considérables. On parle d'un soldat américain tué par mètre conquis.
  • Les combats de l’été 1944 causent la mort de plusieurs milliers de civils normands et détruisent de nombreuses villes et villages.
  • L’opération Cobra, lancée fin juillet 1944, permet aux troupes américaines de percer le front allemand et de sortir progressivement du bocage normand.

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L’opération Cobra (un article du mag)