Doit-on considérer que le soldat français de 1940 n’a finalement rien fait pour enrayer la vague déferlante et mécanisée de l’armée allemande ? Que le commandement était bien souvent inefficace et que, parfois, il avait même tout bonnement disparu, au milieu de la bataille ? Ce casque français modèle 26, a été trouvé en 2005, lieudit La Basseneuvillerie, à Saint Sauveur de Pierrepont et ramassé sur le champ de bataille en juin 1940. Il témoigne d’une toute autre histoire…

Saint Sauveur de Pierrepont et la drôle de guerre de 39

Saint-Sauveur de Pierrepont était avant-guerre un paisible village que rien ne destinait à devenir un symbole des combats de 1940 dans la Manche. Surplombant les marais, la petite bourgade se situait à la sortie de la Haye-du-Puits, sur la route des Pieux et de Cherbourg. Dès septembre 1939, les hommes étaient partis à la guerre, comme partout dans le pays, appelés par la mobilisation générale. Pendant des mois, on n’avait guère entendu parler du « front » vu qu’il ne s’y passait pas grand’chose, hormis quelques coups de main. Les vieux de 14 grommelaient dans leurs moustaches, estimant que ce n’était plus comme de leur temps, qu’à leur époque, « …on attaquait les Boches tous les jours… ». Mais rien n’y faisait, c’était la « Drôle de guerre », autrement dit une période où les deux camps s’observaient, se faisaient face sans envisager d’offensive, dans l’attente d’une meilleure mobilisation industrielle qui donnerait l’avantage. A Saint-Sauveur-de-Pierrepont, on est alors loin du front, les préoccupations sont toutes autres. Régulièrement, les mobilisés de la commune écrivent que, là où ils sont, « …il ne se passe rien… ».

1940, La Blitzkrieg partie des Pays-bas avance plus vite que la marée jusqu’aux terres Cotentines

La situation est bouleversée à compter du printemps 1940, lorsqu’Hitler lance ses divisions blindées et parachutistes à la conquête des pays scandinaves. A compter du 10 mai, ses troupes envahissent les Pays-Bas, la Belgique et traversent les Ardennes vers le nord de la France. Surprise par une manière de faire la guerre inédite, basée sur la « Blitzkrieg », l’offensive-éclair théorisée par Guderian et les généraux allemands, l’armée française doit battre en retraite, après de sévères combats. Tous les jours, le soldat français est mitraillé sans répit par l’aviation allemande, il doit parcourir des kilomètres à pied, avec les blindés ennemis sur ses talons. Parfois, d’héroïques combats d’arrière-garde ont lieu, de la Belgique à Dunkerque en passant par la Meuse ou les bords de Loire, mais partout, une impression domine. C’est la débâcle.

Mai 1940, entre attente, angoisse et espoir

Le 27 mai, la Préfecture de la Manche annonce que le département est désormais inclus dans la zone des armées, donc susceptible de connaître des opérations militaires d’envergure. Pourtant, jusqu’au début juin, Saint-Sauveur-de-Pierrepont vit finalement loin de la guerre, qu’elle suit par les journaux et la radio. On n’a toutefois plus guère de nouvelles des soldats, le courrier est plus irrégulier. La région de Cherbourg devient la cible des bombardiers allemands et les alertes s’y multiplient, comme les tirs de DCA. Le 9 juin, on apprend que les Allemands sont à Rouen. Inexorablement, la guerre se rapproche. Les colonnes de réfugiés qui traversent la Manche colportent les nouvelles les plus improbables, aggravant l’angoisse. Mais le moral revient bientôt à Saint-Sauveur-de-Pierrepont à la vue des nombreux convois anglais qui passent le bourg et filent vers Cherbourg.

L’arrivée de Rommel et les courageux défenseurs

Tout change le 17 juin, dans la Manche. Venues de l’Orne par Vire, deux colonnes blindées allemandes traversent le sud du département, l’une prenant la direction de Saint-Lô puis Carentan, l’autre passant par Gavray et Coutances. Ce sont les unités avancées de la 7ème division blindée, commandée par un jeune général audacieux, Erwin Rommel. Hitler lui a assigné un objectif clair, prendre Cherbourg, ce qu’il entend bien faire le plus rapidement possible.
Le 17 juin 1940, alors que tout semble perdu, que partout on entend « …la guerre est finie, c’est Pétain qui l’a dit… », une poignée de soldats irréductibles s’accroche encore aux lignes de défense, dans le Cotentin. Ce sont des marins, des artilleurs, des tirailleurs sénégalais, des fantassins plus ou moins âgés que le destin a placé là, sur la ligne de défense établie à la hâte le long des marais du Cotentin. Equipés de quelques canons, d’un matériel parfois datant de l’autre guerre, ils doivent à eux seuls, arrêter les Panzer de Rommel, pour permettre le rembarquement des troupes anglaises qui affluent dans Cherbourg ainsi que des forces françaises et de toutes les administrations essentielles.
Les premiers combats se déroulent au nord de la Haye-du-Puits, au soir du 17 juin. Après une traversée de la Manche sans résistance, Rommel voit ses troupes immobilisées sur la route de Cherbourg, à Denneville. La nuit tombe, les Allemands décident de ne pas prolonger l’engagement. A l’aube, l’artillerie se déchaîne et réduit au silence la position défensive française. Déplorant de nombreux tués et blessés, l’unité française résiste mais doit se replier, tandis que les Allemands capturent la position et reprennent leur marche en avant.

Une lutte inégale et la victoire de Rommel

A quelques kilomètres, un autre point d’appui français connaît sensiblement le même sort, c’est celui qui s’est installé à Saint-Sauveur-de-Pierrepont. Equipée de deux canons, la position commandée par l’ingénieur du Génie maritime Ramas doit ralentir les Allemands le plus longtemps possible. Acceptant le sacrifice, ces hommes luttent à un contre dix, surclassés par la puissance mécanique allemande. En quelques minutes, les pièces d’artillerie sont détruites, les servants blessés se replient, comme les fantassins et les Sénégalais qui combattaient à leurs côtés. Le chef de position est tué ainsi que deux marins, de nombreux blessés gisent sur le champ de bataille, labouré par les obus allemands. Le dernier verrou ayant cédé, Rommel peut se ruer sur Cherbourg.
Sur la côte ouest, près de Carentan, des combats retardateurs ont également lieu, mais ne parviennent pas à enrayer l’avancée des Panzer bien longtemps. La bataille pour Cherbourg débute alors, elle s’achève au 19 juin. Rommel tient enfin sa victoire !